L’État grec cherche un chef chez les anarchistes

 

En ce moment, aux Tribunaux d’Elvepidon à Athènes :

L’ÉTAT GREC CHERCHE UN CHEF CHEZ LES ANARCHISTES ★

Une fois de plus, l’État grec ne comprend rien ou, plutôt, feint de ne rien comprendre. Tout le monde sait que Rouvikonas est un groupe anarchiste. Cela ne veut pas dire que tous les membres de Rouvikonas soient anarchistes, car il y a une grande diversité basée sur la convergence des luttes, mais parce que la façon de s’organiser est horizontale. Pour le dire autrement, dans Rouvikonas, il n’y a pas de chef. Et c’est bien ça le problème pour l’État.

Comment couper la tête d’un mouvement de résistance qui n’a pas de tête ? C’est impossible. Mais des ordres ont tout de même été donnés pour frapper sans tarder le groupe qui dérange le plus le pouvoir en Grèce.

Ces dernières années, il s’est passé beaucoup de choses du côté de Rouvikonas :

– le groupe a grandit de façon impressionnante, à l’inverse de ce que le pouvoir et les médias prévoyaient ;

– des sections se sont multipliées dans tous les quartiers d’Athènes et dans de nombreuses villes de Grèce ;

– il y a même des nouveaux lieux ouverts récemment à Thessalonique et à Athènes ;

– Rouvikonas Héraklion bat des records de participation et multiplie les actions en Crète aussi ;

– au lieu de disparaître, Rouvikonas est devenue une organisation panhellénique ;

– la côte de popularité du groupe ne cesse de monter, notamment du fait des nombreuses actions solidaires organisées, depuis les cuisines sociales gratuites jusqu’aux actions de luttes autonomes contre les incendies ;

– sans oublier le soutien permanent aux ouvriers, partout en Grèce, sous la forme de contrôles auprès des patrons dans leurs propres bureaux, ce qui dérangent beaucoup les dirigeants capitalistes (et parfois même certains dirigeants syndicaux peu actifs voire vendus à force de fréquenter leurs interlocuteurs).

– le pouvoir a été démasqué à plusieurs reprises durant les procès précédents, notamment lors des accusations de meurtres qui s’étaient révélées être des machinations (cf. au milieu du film Nous n’avons pas peur des ruines).

Oui, mais voilà. Le pouvoir n’a pas mis en place la nouvelle loi 187 pour rien : il veut trouver des responsables, des agitateurs, des chefs, et les sanctionner lourdement.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, depuis ce matin, nous sommes aux Tribunaux d’Elvepidon pour soutenir Giorgos Kalaïtzidis qui risque de la prison ferme pour des actions (de soutien à des ouvrières maltraitées par leur patron) auxquelles il n’a même pas participé physiquement.

Si ce soir, Giorgos ne dort pas en prison, cela pourra aussi se produire lundi prochain, avec un nouveau procès similaire, en soutien cette fois à des ouvriers du restaurant KFC, alors qu’il n’a pas non plus participé à cette action.

L’État grec veut absolument désigner un chef dans le groupe anarchiste Rouvikonas et il a décidé arbitrairement que ce serait Giorgos pour mieux se venger du ridicule des procès ratés par le passé. Le premier ministre grec lui-même, Kyriakos Mitsotakis, a déjà montré sa haine à l’égard de Giorgos à plusieurs reprises, comme à l’égard de tous les anarchistes, communistes et « gauchistes » de Grèce, à l’instar des dirigeants politiques de droite et d’extrême-droite qui durant la moitié du XXe siècle ont passé leur temps à les emprisonner à la moindre occasion.

C’est ça l’arbitraire et l’absurde du pouvoir.

Et ça commence par la négation de ce qu’est l’horizontalité et l’égalité politique.

Courage Giorgos, nous sommes toutes et tous avec toi, ici à Athènes, tout comme beaucoup d’autres qui pensent à toi de loin, depuis d’autres régions de l’Europe et du monde. Et nous penserons aussi à toi, lundi prochain et lors des procès suivants qui se préparent déjà.

Non, nous n’avons pas de chef. Et un jour viendra où plus personne n’en aura.

Yannis Youlountas