Un formidable compagnon de luttes vient de disparaître en Andalousie. Si vous avez vu le film Je lutte donc je suis, vous l’aviez sans doute remarqué. Une personne très inspirante.
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HUGO GÓMEZ, LE DÉFENSEUR DES PETITES GENS QUI REFUSAIT D’ÊTRE APPELÉ AVOCAT
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Né en 1937 à Tuluá en Colombie, Hugo était de toutes les luttes en Amérique Latine. Syndicaliste et professeur à l’Université nationale de Colombie, il participait à beaucoup d’actions de désobéissance civile inspirées par les idées de Henri-David Thoreau. Militant pour les droits humains, il était également membre d’un réseau antifasciste contre les dictatures.
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En 1979, il est contraint à l’exil. Tout d’abord en France, puis en Espagne en 1983. Il s’installe finalement en Andalousie, en 1985, où il devient avocat. Inscrit aux barreaux de Cadix et de Jerez, deux des villes les plus pauvres du pays, il devient célèbre en tant qu’avocat du SAT, le Syndicat des travailleurs andalous (très influent en Andalousie). Il est également proche de la CNT dont il soutient souvent les militants, très présents aussi dans les luttes locales.
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« Je ne me reconnais pas comme un avocat à proprement parler. Je ne suis pas une marionnette de la Justice bourgeoise. Je refuse d’être l’instrument de la classe dominante, cette classe qui écrit seule la loi pour ensuite l’imposer aux plus pauvres. Je me considère avant tout comme un militant du mouvement politique et social, où que je sois. Je milite pour les droits humains fondamentaux : avoir un toit, se nourrir, se soigner, vivre libre et heureux. Voilà pourquoi j’exerce le droit aux côtés des petites gens qui luttent pour défendre leurs intérêts et pour transformer cette société injuste. Je les écoute. Je les informe. Je lutte à leurs côtés, partout où je le peux. C’est dans ce camp de la base sociale que je me situe résolument, et non pas dans celui des arbitres bourgeois qui sont à la fois juges et parties. Je ne suis pas l’avocat des pauvres, comme on me surnomme, je suis simplement un militant pour le droit de vivre libre et heureux. »
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Durant le tournage du film Je lutte donc je suis, en 2014 et 2015, Hugo Gómez défendait d’arrache-pied les nombreuses familles précaires qui occupaient les immenses barres d’immeubles de Sanlúcar, près de Jerez de la Frontiera, tout près du détroit de Gibraltar, une région très pauvre. Ces familles avaient été expulsées de leurs logements durant les années précédentes, suite à la crise financière et immobilière en Espagne, et s’étaient regroupées pour squatter ensemble de grands logements inhabités d’une façon exemplaire, dans l’entraide et l’autogestion (action présentée au début du film Je lutte donc je suis, visible gratuitement sur Internet).
Hugo était un érudit, inlassable lecteur, passionné d’Histoire et de philosophie. Mais toujours d’une grande humilité. Un homme qui savait écouter et peser ses mots. Discuter avec lui était passionnant.
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Hugo défendait aussi les mouvements sociaux et syndicaux à Jerez et Cadix. Il était surtout un grand connaisseur du droit du Travail et cherchait partout des failles dans les textes de loi, au service des victimes d’une société profondément injuste à ses yeux. « Le franquisme est tombé, tout comme l’Ancien Régime en France, mais il reste beaucoup à faire pour atteindre vraiment la liberté, l’égalité et la fraternité. On ne peut pas se contenter de mots magnifiques sans réalité concrète. Soit on se réjouit hypocritement de la situation présente, soit on continue à œuvrer pour transformer la société vers ce but résumé dans ces trois mots. Si on choisit de se contenter de la situation présente, confortablement installé dans son coin, c’est qu’on n’a rien compris au sens profond de cette devise. Si on est vraiment pour la liberté, l’égalité et la fraternité, on doit résolument poursuivre nos efforts pour le progrès de l’humanité tout entière. Nos destins sont liés. Nous ne serons pleinement libres et heureux qu’ensemble, avec l’émancipation sociale de toutes celles et ceux qui souffrent aujourd’hui. Vivre, c’est lutter. Lucho luego existo. Je lutte donc je suis. »
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Hugo Gómez vient de nous quitter à l’âge de 88 ans. Jusqu’à son dernier souffle, il continuait à se rendre chez les familles qu’il soutenait de toutes ses forces et dont il était devenu un membre à part entière. Ni avocat, ni Robin des Bois, simplement humain, mais pleinement humain.
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Yannis Youlountas
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