Demain mercredi, je ne pourrai pas revenir en France pour me rendre à ses obsèques, à 14h30 au crématorium de La Rochelle, mais j’aurai une affectueuse pensée pour lui :
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JEAN-MARC RAYNAUD EST PARTI VÉRIFIER SI DIEU EXISTE ET, SI C’EST LE CAS, SEMER LE BAZAR LIBERTAIRE DANS SES RANGS
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Il était résolument athée et très remonté contre le cléricalisme : « pire fléau de l’humanité ». Il rêvait d’une éducation en dehors du bourrage de crâne traditionnel et avait cofondé l’École libertaire Bonaventure au bout du monde, à Chaucre, sur l’Île d’Oléron. Idem avec la coopérative autogérée Les Éditions Libertaires, où il commença à accueillir mes modestes écrits il y a 20 ans, avant de donner un coup de main aux bibliothèques sociales multilingues en Grèce, comme d’autres proches depuis quelques années.
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Lui-même auteur, dans ses livres et dans Le Monde Libertaire, Jean-Marc n’avait pas sa langue dans sa poche et provoquait sans retenue : « À notre époque, on se fiche un peu trop de savoir comment les gens vont réagir à ce qu’on écrit ! De quoi a-t-on peur ? De déplaire ? Je n’écris pas pour me faire des amis, mais pour participer sincèrement aux débats de société ! »
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Comme nous tous, il n’était pas parfait et avait son caractère, mais il n’avait jamais renoncé à son idéal ni réduit ses efforts pour faire avancer la cause. Le slogan des Éditions Libertaires ? « Devant le passé, chapeau bas ! Devant l’avenir, bas la veste ! »
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C’était aussi quelqu’un de très drôle, capable d’autodérision et de salves tous azimuts. Le prix Ni Dieu Ni Maître, décerné chaque année par un jury anticonformiste, était un moment de pur plaisir. Les salons du livre libertaire de Paris et de Merlieux en Picardie étaient toujours l’occasion de retrouvailles joyeuses et gourmandes.
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Je ne venais jamais présenter mes livres ou mes films à St-Pierre d’Oléron ou Marennes sans passer dormir chez lui, aller faire quelques pas en sa compagnie sur le port, grignoter des petits plaisirs sous son grand drapeau de la Makhnovitcha, avant de refaire le monde jusque tard dans la nuit.
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Jean-Marc, c’était aussi Thyde : son alter-ego, son amour, sa compagnonne, presque sa sœur jumelle. Un tandem de choc à chaque nouveau projet. Et bien sûr la merveilleuse Bertille qui poursuivait la même quête. Je les embrasse bien fort toutes les deux, ainsi que les membres du groupe « Nous autres » de la FA.
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Et puis des visages, des figures, des compagnons de projets, d’hier et d’aujourd’hui, éloignés ou bien présents, des vieux compagnons parfois partis et d’autres revenus. Ainsi va la vie !
Jean-Marc a tellement juré et blasphémé durant toute son existence rebelle que, si Dieu existe, il y a de quoi s’inquiéter pour lui ces jours-ci 
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Cependant, non seulement je doute fortement que le monsieur à la grande barbe existe quelque part, mais surtout je suppose que l’humour décapant de notre mécréant et son attitude de bon vivant aura tôt fait de faire renoncer les saints, l’un après l’autre, et de les conduire résolument à l’apostasie.
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Si Dieu existe, je le plains : Jean-Marc est déjà en train de semer le bazar libertaire dans ses rangs !
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Yannis Youlountas
















