Du silence pour nous libérer

DU SILENCE POUR NOUS LIBÉRER

L’un des symptômes de notre époque réactionnaire et stupide, c’est bien le bruit. Le bruit partout. Le bruit pour tout. Même en buvant un verre entre amis. Même en mangeant. Même en voyageant, même en faisant des courses… Le bruit a colonisé nos vies. La parole claire devient inaudible dans le concours permanent de celui qui parle le plus fort. La réflexion devient impossible dans les lieux inondés de musique ou d’écrans. Les arguments se perdent dans la cacophonie ambiante. L’intérêt commun s’efface devant les égos qui se coupent la parole pour imposer leur logorrhée. La logique se noie dans le vacarme de la confusion.

Retrouver du sens nécessite de reprendre le contrôle de nos sens, à commencer par l’ouïe. Faire silence. Prendre le temps d’écouter, sans chercher à interrompre. Prendre le temps de s’exprimer, sans chercher à vaincre à tout prix. Car l’interlocuteur peut nous faire le plus beau cadeau qui soit : nous montrer respectueusement que nous nous sommes trompé et ainsi nous permettre de nous améliorer, de nous émanciper, de nous élever ensemble.

Le regard également a besoin de se poser, de se reposer, de se permettre une pause à proximité ou à l’horizon, loin de l’agitation permanente des écrans spectaculaires. Notre corps tout entier est pris dans cette existence frénétique et insensé. Il est esclave de l’image comme du bruit, sous pression, aspiré, détourné.

La lucidité nécessite du silence. Du silence pour penser. Du silence pour lire ou écrire paisiblement. Du silence pour écouter ou parler sereinement. Du silence pour mieux vivre avec les autres, parvenir à échanger et à construire ensemble. Du silence pour reprendre chacun le contrôle de notre vie, à l’écart de tout ce qui nous en détourne : en nous questionnant lucidement, en prenant des décisions mûrement réfléchies, en allant jusqu’au bout de nos engagements et de nos projets.

Du silence pour nous libérer.

Yannis Youlountas