Le pari du consensus

Pendant que mouvement social poursuit la chimère du pouvoir, la nébuleuse révolutionnaire poursuit celle de l’orthodoxie à coup d’anathèmes. Dans les deux cas, il s’agit encore de rapports de domination : celui d’une majorité qui décide ce qui est bon et celui d’une avant-garde qui assène ses vérités.

LE PARI DU CONSENSUS

Ces deux formes de sectarisme politique recherchent obstinément l’uniformité, obsédées par leurs voisins dans les luttes, au lieu de se concentrer sur le pouvoir mortifère et ses valets.

Pourtant, c’est bien notre diversité qui fait notre force, notre richesse, notre génie. C’est pour elle et par elle que nous luttons ; pour le droit à la singularité, à la marginalité, à la créativité dans l’égalité sociale ; par le foisonnement des idées, des désirs et des façons d’agir.

L’outil politique essentiel de demain ne sera ni la majorité ni l’unanimité, mais le consensus. Ni le pari du nombre, ni encore moins celui de la ressemblance, mais celui de l’intelligence.

Le consensus est le seul outil politique qui peut concilier nos deux buts principaux que beaucoup croient à tort antagonistes ; nos deux objectifs que le vingtième siècle a opposé illusoirement dans ses délires mortifères ; nos deux voies sublimes qui, en réalité, n’en sont qu’une, puisque nos destinées sont liées : la liberté et l’égalité.

On ne peut être pleinement libertaire sans être égalitaire, ni authentiquement égalitaire sans être libertaire. Mais cette articulation nécessite un dépassement des formes politiques révolues que sont les affres de l’uniformité archaïque et les jeux de pouvoir du spectacle démocratique.

Proposer aux enfants de philosopher le plus tôt possible, en faisant de la classe une communauté de recherche, attentive et solidaire, n’a pas d’autre but. C’est faire le pari de la conscience critique et de la raison universelle, non comme une fin en soi ou un simple loisir spéculatif, mais comme un moyen d’outiller puissamment l’émancipation et l’égalité sociale. C’est faire le pari d’un autre futur en faisant celui de l’intelligence individuelle et collective.

Le pari du consensus.

Yannis Youlountas