L’ÉCHO D’UNE SIRÈNE DANS LE CRÉPUSCULE DE LA RAISON

11221450_1487303604913595_9101464543132199402_nSuite à certaines réactions à mon billet d’hier*, qui considèrent, au contraire, que la petite phrase de Sapir sur le rapprochement avec le FN n’était qu’une « allusion » anodine ou un « post-it » posé au hasard.

L’ÉCHO D’UNE SIRÈNE DANS LE CRÉPUSCULE DE LA RAISON

En réalité, la position de Sapir n’est pas nouvelle. Il ne s’agit pas d’une petite maladresse, au coin d’une chronique ou en marge d’un débat, mais d’un appel du pied récurrent et réfléchi depuis des mois sinon des années. Un appel qui se précise, tout simplement, au fil du temps, et se répète comme l’écho d’une sirène dans le crépuscule de la raison. Un sirène qui incite à céder à la panique en se regroupant n’importe comment, notamment avec nos pires ennemis. Les nombreuses petites phrases de Sapir à ce sujet suffiraient à composer un recueil de poèmes, si l’idée n’était pas, en elle-même, nauséabonde.

Aucun d’entre nous n’a jamais cherché à piéger Sapir. C’est lui qui remet soigneusement son idée fixe et (de moins en moins) discrète sur la table, testant par la même les réactions.

Je ne m’étais jamais exprimé sur ses appels précédents, mais j’ai jugé, cette fois, qu’il était temps de le faire. Quiconque défend aujourd’hui l’indéfendable devrait tout d’abord se pencher sur les liens, parfaitement vérifiables, de Sapir avec l’extrême-droite. Des liens qui se renforcent depuis des années, via des personnalités charnières comme Nigel Farage (adepte du double-discours avec l’UKIP) ou Nicolas Dupont-Aignan (qui avait proposé à Le Pen d’être sa première-ministre en 2012). Ajoutons ses passages sur Radio Courtoisie, à l’invitation de Paul-Marie Couteaux, et dans d’innombrables colloques scabreux et congrès peu reluisants, aux côtés d’autres invités ouvertement d’extrême-droite (Renaud Camus, par exemple, théoricien du « grand remplacement »), sans oublier ses liens étroits avec la garde rapprochée de Poutine, principal soutien financier de l’extrême-droite européenne.

Quand Sapir affirme publiquement que « le FN a changé » et qu’il n’est plus raciste ni xénophobe, il fait exactement la même chose que d’autres passerelles qui siphonnent la gauche radicale depuis des années (même de vieux copains libertaires se sont laissés convaincre et ont changé de trottoir). Par exemple, quand Chouard défend mordicus que « le FN a changé », que « grâce à l’influence de Soral, ce parti est passé à gauche, vraiment à gauche » ou encore qu’il n’est « pas un parti fasciste », cela rappelle évidemment la déclaration de Sapir au Monde : « Vous savez bien que le FN n’est pas un parti fasciste. Laissez tomber les grands mots ! »

Les temps sont à la confusion. Sous prétexte de lutter contre un autre ennemi, on nous invite de plus en plus à nous rapprocher de sa caricature. Le FN est la caricature du capitalisme, à la seule différence que les rapports de dominations, encore plus exacerbés et violents, se dérouleraient (peut-être) dans un cadre hexagonal.

Il est urgent de remettre la raison au centre du débat et de refuser de céder à la panique du regroupement avec nos pires ennemis. Il est urgent de reprendre la lutte, une lutte double historiquement, contre la tyrannie capitaliste et son substitut bien connu en temps de crise, toujours le même : le nationalisme. « Les Rois nous saoulaient de fumées ». Le capitalisme nous enfume de façon similaire.

Ce n’est pas dans le repli sur soi et sur le passé que nous sortirons du piège, mais dans la résistance universelle contre toutes les tyrannies et dans la création d’alternatives pour un autre futur.

Y.Y.

http://blogyy.net/2015/08/26/le-vieux-mal-europeen-et-la-tentation-de-lextreme-droite/

(capture d’écran : précisons que Sapir est un consultant de longue date de BFM TV et que son propos n’est en rien déformé, mais au contraire mis en forme comme il convient, c’est-à-dire dans le sens de sa vocation, de son utilité)

http://jeluttedoncjesuis.net

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