Juste des humains, mais des humains justes

JUSTE DES HUMAINS, MAIS DES HUMAINS JUSTES

La vie est pleine de paradoxes.

Je n’aime pas les religions, mais je suis heureux de souhaiter aujourd’hui un bon Ramadan à mes amis musulmans, tout comme lundi je souhaiterai aussi un bon début de jeûne à mes amis chrétiens orthodoxes qui se préparent, ici en Grèce, pour le kathari devtera (le « lundi pur », quelques semaines avant Pâques) et qui veulent absolument m’inviter à leur table. Et je ferai pareil ensuite pour mes amis juifs, quand ce sera leur tour.

Alors, pourquoi leur souhaiter un bon Ramadan ou une joyeuse Pâques ? Parce que c’est pour les humains eux-mêmes que je suis affectueux et solidaire, pas pour l’activité en question.

Idem avec la grande nouvelle qui m’arrive de France aujourd’hui : je viens d’apprendre que mon ami Gilles Perret a reçu le César du meilleur documentaire pour son très beau film « La ferme des Bertrand » et cela me remplit de joie. Pourtant, je déteste les prix, les compétitions, les récompenses et les tapis rouges. Je vis complètement à l’écart de ce monde de paillettes, sans même solliciter un soutien financier du CNC pour mes films.

Mais là encore, ce n’est pas le César lui-même qui m’importe. C’est juste le moment de bonheur d’un frère humain que j’aime et que j’estime, d’autant plus que son très beau film raconte une histoire familiale qui lui tient particulièrement à cœur.

Pour tout dire, nous ne sommes pas grand chose, les uns et les autres, sinon de l’amour, ce qui nous permet de tout défier. Tout, jusqu’à notre inéluctable disparition qui, pour chacun de nous, n’est pas un drame. Le seul drame, en effet, serait plutôt de ne pas vivre avant la mort ; vivre vraiment, avant que l’heure sonne. Défendre également, pour toutes et tous, ce droit de vivre dignement. Nous reconnaitre ensemble, tous ensemble, par-delà nos différences, comme la vie qui se défend.

Sur les chemins de l’existence, nous faisons souvent des choix différents, dans bien des domaines, des choix qui peuvent nous paraitre futiles ou erronés, mais par amour, nous ne nous permettons pas de juger. Dans le respect mutuel, nous n’avons que trois exigences : garder la tête sur les épaules, continuer à agir pour un monde plus juste et rester humble parmi ceux qui nous entourent.

Juste des humains, mais des humains justes.

Yannis Youlountas

PS : en 2013, l’équipe du film Ne vivons plus comme des esclaves a tout de même accepté (seule et unique fois) le prix du film résistant, c’était au festival du film engagé d’Alger. Je peux témoigner que cela a beaucoup fait plaisir à certains intervenants du film, dès mon retour à Exarcheia. Idem, trois ans plus tard, quand des jeunes de collèges et lycées du sud-ouest de la France ont décerné, en 2016, le Grain de sable d’or au film Je lutte donc je suis, dans le cadre d’un festival du documentaire organisé par Attac… Comment aurions-nous pu refuser ce petit compliment venu de quelques dizaines de jeunes stimulés par notre film ?