Un grand week-end noir et rouge !

À partir de ce soir, en différents points de l’hexagone.

UN GRAND WEEK-END EN NOIR ET ROUGE : AL, CGA, FA, CNT, AFA, LA HORDE, ANTIFASCISTES, ANARCHISTES, COMMUNISTES LIBERTAIRES, AUTONOMES…

Je viens d’arriver à Paris, en provenance d’Héraklion, et de retrouver Spiros qui lui arrive de Genève ainsi qu’Ophélie qui est venue nous accueillir l’un après l’autre. Dans une heure et des broutilles, nous discuterons ensemble de Rouvikonas, des luttes qui se durcissent un peu partout, d’un bout à l’autre de l’Europe, et plus globalement nous échangerons sur « Fascisme, État et pouvoir ». Rendez-vous à partir de 20 heures au siège de la CNT, 33 rue des Vignoles dans le XXème arrondissement. À nos côtés, il y aura aussi nos camarades de La Hordeet d’autres groupes en soutien : antifascistes, autonomes, libertaires. Une soirée en convergence de luttes dans un temps historique qui nous rappelle cette nécessité absolue.

En même temps, il y aura une grande soirée « Libérons-les !», organisée par l’AFA avec l’appui de Paris Luttes Info, en soutien à notre camarade Antonin et d’autres antifascistes emprisonné.es. Je suis désolé de ce téléscopage au niveau date, complètement indépendant de notre volonté, mais la soirée de soutien à Rouvikonas ne pouvait se tenir que ce soir, dans le cadre d’une longue tournée compliquée à préparer. Mais nos liens avec Antonin et les antifas parisien.nes sont étroits. Antonin lui-même et bien d’autres sont venu.es nous voir à Exarcheia, il n’y a pas très longtemps (avant son incarcération insensée suite à la plainte ridicule d’un fasciste douillet et revanchard). Antonin était venu, entre autres, apporter son soutien à Rouvikonas. Il était enthousiaste et chaleureux. Ce soir, nous aurons une pensée pour lui et pour tou.tes les autres antifascistes de l’hexagone poursuivi.es par une Justice étatique ignoble – qui me frappe également dans le procès à rebondissements que m’intentent les chefs identitaires.

Ce week-end noir et rouge sera aussi celui de la fusion entre Alternative Libertaire et la Coordination des Groupes Anarchistes. Un grand moment de convergence également, surtout pour les communistes libertaires, mais aussi au-delà. J’ai beaucoup d’ami.es dans ces deux organisations et j’ai participé avec plaisir au congrès d’AL par le passé. AL qui nous a beaucoup soutenu dans nos luttes en Grèce et qui n’a pas manqué d’épauler encore récemment Rouvikonas dans l’adversité. Bienvenue à l’organisation qui va naître de cette fusion et merci pour les messages de bienveillance envoyés aux autres groupes et organisations.

Ce week-end noir et rouge sera encore celui du congrès de la Fédération Anarchiste qui est une organisation fédérale composée de nombreux courants différents : communistes libertaires, anarchistes sociaux, anarchosyndicalistes, anarchistes individualistes, insurrectionnalistes… Ce congrès sera également un moment très important de son histoire, à la suite de l’agression à coup de couteau d’un compagnon au siège du Monde Libertaire, il y a quelques jours. Quel sens donner à cet acte manifestement politique ? Quel avenir pour la librairie Publico qui est l’un des lieux mythiques de l’anarchisme dans l’hexagone ? Quel fonctionnement futur pour la FA ? Que cette dernière question soit à l’ordre du jour est une très bonne chose. De mon point de vue et de celui de beaucoup d’autres, certaines choses sont sans doute à améliorer à ce niveau là, dans la vieille et noble organisation fédérale anarchiste.

La FA est l’organisation à laquelle adhère mon groupe dans le Tarn, où je réside quand je suis en France. Un groupe local que j’aime énormément par son ouverture, sa diversité et son refus du sectarisme. Son nom : les ELAFF qui signifie Écolos Libertaires Antifascistes et Féministes. Nous rassemblons des camarades de provenance très diverses qui ont parfois la double ou triple appartenance avec d’autres groupes, organisations ou réseaux de luttes, et surtout cela fait écho à la polyvalence des actions du groupe. Les ELAFF, c’est aussi une longue histoire d’amitié pour moi, de luttes communes depuis bientôt 30 ans avec des compagnons formidables comme un certain Patrice K qui promène son drapeau noir dans le Tarn depuis qu’il a appris à marcher ou presque. Les ELAFF, c’est aussi des camarades qui sont également membres d’autres organisations libertaires ou même d’Attac, pour aller ensemble à la rencontre de compagnons de luttes avec lesquels nous différons sur certains points, mais avec lesquels nous prenons les mêmes risques côte à côte : fauchages d’OGM, hébergements de sans-papiers, actions contre des lieux de pouvoir et des banques, occupations de bâtiments vides et de feu la ZAD du Testet en forêt de Sivens, veille antifasciste et riposte fréquentes, actions contre la privatisation du bien commun et contre certaines nouvelles technologies qui menacent notre vie privée, événements artistiques en soutien à des luttes…

Pat C est l’un de ces vieux ami.es à double casquette et nous avons fait les 400 coups ensemble depuis de nombreuses années. Les ELAFF, c’est aussi Clément, Dylan et Lucas, mes compagnons de convois et de tournée de Rouvikonas en Europe. Trois compagnons qui m’ont rencontré alors qu’ils cherchaient à se renseigner un peu plus sur l’anarchisme, il y a quelques années, et les moyens de s’organiser dans le Tarn. Je leur ai évidemment conseillé le seul grand groupe en la matière du département : une des meilleures adresses de France à mes yeux, même si j’en ai vu beaucoup d’autres, des groupes formidables de tous horizons, en bourlinguant dans l’hexagone, accueilli avec Maud par toutes les organisations à ma connaissance.

Malgré des différences et, parfois, des différents, des désaccords et, comme partout, quelques conflits de personnes (souvent aussi puérils que nuisibles), l’anarchisme n’en reste pas moins une grande famille. Pour avoir visité la majorité des groupes de l’hexagone, toutes organisations confondues, j’ai rencontré des hommes et des femmes qui ne luttent pas pour des places, mais pour le bien commun, l’émancipation sociale, la liberté de tou.tes et de chacun.e. J’ai vu des compagnons et des camarades qui utilisent un terme ou l’autre, qui préfèrent Léo Ferré ou Binamé, qui mangent comme ceci ou comme cela, qui luttent diversement aussi et qui font toutes sortes de métiers, qui mettent en commun leurs compétences et leur volonté, même dans le brouillard sombre qui avance, même face au pouvoir qui se durcit partout chaque jour.

Les anarchistes n’ont jamais été autant nécessaires dans notre société pour donner à penser et à voir (par l’art, par l’Histoire ou par des expériences concrètes contemporaines) cette utopie libératrice qui n’a jamais durablement été essayée. Face à l’échec du socialisme autoritaire au vingtième siècle, face à la dérive quasi-systématique des avant-gardes qui ont presque toujours fini par confisquer le pouvoir, face à l’éternel retour de l’État et du capitalisme, et face au durcissement actuel de ces derniers, il est temps d’aller voir plus loin à l’horizon. Les fils et filles de la Commune de Paris, de St-Imier, des martyrs de Chicago, des non-violents mais aussi de Vaillant et Caserio, de la révolution mexicaine, des milieux libres et pacifistes, des éducateurs anti-autoritaires, de l’Espagne anarcho-syndicaliste et communiste-libertaire, de la résistance au fascisme, de l’émancipation de tout ce qui vit, de mai 68 aux luttes récentes et du Rojava à Exarcheia, ces enfants de l’Amour et de la Révolution vous invitent partout à vous poser la question : avons-nous vraiment besoin d’un chef et d’une hiérarchie, ainsi que de la terrible bureaucratie qui va avec ? Ne sommes nous pas capables, à la lumière de l’expérience de tirer le bilan de nos échecs répétés et de prendre enfin nos vies en mains ?

Avec mes autres camarades qui luttent contre le pouvoir et qui feront parti de notre convergence de lutte et d’organisation ce soir, autonomes et antifascistes, nous avons un monde à réinventer ensemble. C’est le propos de Spyros dans l’entretien que j’ai publié récemment ici et c’est encore ce qu’il va dire ce soir : regardons ce que nous avons en commun plutôt que ce qui nous diffère (ou parait nous différencier), rapprochons-nous encore plus pour riposter ensemble face au pouvoir ivre de lucre et de violence. C’est le message que je porterai dimanche à mes compagnons de la FA à leur congrès où j’irai cette année. C’est ce que nous essayons aussi de faire en Grèce, avec mes compagnons et camarades là-bas. Il y a quelques jours à Athènes, nous avons beaucoup parler de synergie. Voilà peut-être le mot.

À partir de samedi soir, je serai aux côtés de mes vieux compagnons, tel Dominique Lestrat de Merlieux et Laon, l’une des figures du paysage libertaire avec sa barbe bakouninienne et ses lunettes proudhoniennes. Par figure, j’entends visage, bien sûr : pas question de leader chez nous. Mais pas non plus question de cracher sur ceux ou celles qu’on voit un peu plus ou dont on entend un peu plus parler. Certain.es écrivent, d’autres pas. Idem pour le cinéma, le théâtre, la chanson, la poésie, le film d’animation et bien d’autres choses encore. Nous qui sommes plus connu.es que d’autres, nous ne le faisons pas pour cela, par narcissisme ou par calcul pour prendre du pouvoir. Avec Tancrede Ramonet, Lorenzo Papace, Serge Utgé-Royo, Sid, Noël Godin et beaucoup d’autres (impossible de citer tout le monde), nous sommes des passionné.es qui essayons de présenter et propager autrement nos idées tout en étant à l’écoute des autres composantes du mouvement social qui nous invitent parfois. Certes, il y a des anarchistes, des antifascistes et d’autres militants contre le pouvoir qu’on voit un peu plus que d’autres, et puis beaucoup, que dis-je, énormément d’anonymes. Peu importe notre visibilité, nous avons en commun la haine du pouvoir, le dégoût du manège médiatique et la méfiance qui s’impose avec l’argent et les honneurs.

Nous sommes les pires ennemis du pouvoir depuis toujours et nous le resterons tant qu’il ne sera pas détruit. Tôt ou tard, nous sortirons enfin de la préhistoire politique de l’humanité. Alors, les mots anarchiste, antifasciste, autonome ou libertaire rappelleront, dans la mémoire collective, des hommes et des femmes qui auront pensé, agi et lutté à contre-courant, passant longtemps pour des fous, des brutes ou des rêveurs.

Alors, nous serrerons fort dans nos bras jusqu’à celles et ceux qui n’y croyaient pas.

Yannis Youlountas