Se moquer du foot, du mépris de classe ?

Ne laissons pas inverser les rôles, démontons ce piège grotesque :
NON, IRONISER SUR LA DIVERSION FOOTBALLISTIQUE, CE N’EST PAS EXPRIMER DU MÉPRIS DE CLASSE
Contrairement à ce que certain-e-s affirment en nous accusant et parfois même en nous insultant, c’est justement la lutte des classes que nous refusons de délaisser en rejetant l’union nationale illusoire derrière quelques millionnaires.
Par exemple hier, j’ai précisé dans ma publication ironique « Je suis fier d’être en finale »(1) que je me sens plus proche d’un compagnon de lutte portugais que d’un ennemi de classe français. Cela signifie que je refuse d’échanger classe contre nationalité, même pour 90 minutes. C’est donc exactement l’inverse du « mépris de classe » évoqué.
Le « mépris de classe », c’est plutôt aller ovationner des millionnaires en short qui sont restés sourds à notre appel à faire la grève du foot, au moins sur un match ou ne serait-ce qu’au début d’un match, par exemple en s’asseyant sur le terrain, comme l’ont fait certains footballeurs grecs, il y a quelques semaines (2). Ils auraient pu nous aider efficacement, aux yeux du monde entier, à exiger le retrait de la loi Travaille, mais aucun des footballeurs contactés n’a jamais répondu. Pas étonnant pour des millionnaires boursicoteurs, narcissiques et vendus aux marques des multinationales.
Le « mépris de classe », c’est aller cautionner la grande fête nationale sous l’égide du président et du premier ministre, au milieu des pires sponsors imaginables qui incarnent le capitalisme, le productivisme, la malbouffe, le néo-colonialisme, l’exploitation des enfants, etc.
Le « mépris de classe », c’est pactiser durant 90 minutes avec les ennemis de classe au prétexte d’un bout de cuir entre des poteaux en ferraille.
Le « mépris de classe », c’est accepter et cautionner l’énorme diversion médiatique, quand nous devrions être tou-te-s dans la rue pour lutter et dire non, ça suffit, on ne se laissera plus endormir. Jamais. Ni répit ni trêve. Car la misère, la violence, l’injustice, la souffrance ne nous laissent aucun répit.
Pour finir, je n’ai rien contre la pratique du foot elle-même. Il m’arrive d’y jouer ici ou là, avec mes mômes ou même, parfois, avec des compagnons de luttes au bout du monde, en surmontant dans le jeu et les sourires la barrière de la langue. Mais je conçois le sport autrement, sans inverser le jeu et l’enjeu : le sport sans le pouvoir, la compétition et tout ce qui va avec. C’est pourquoi notre révolution est à faire de la tête aux pieds (3).
Merci de ne pas inverser les rôles. Nous ne tomberons pas dans ce piège grotesque. Il n’y a aucun « mépris de classe » dans notre refus d’être manipulés et ridiculisés par ceux qui nous oppriment et nous méprisent.
Yannis Youlountas
(1) « Je suis fier d’être en finale » https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1614554202188534&set=a.1385387128438577.1073741826.100009019095596
(2) « En Grèce, des joueurs de foot s’assoient sur la pelouse en solidarité avec… » http://blogyy.net/…/grece-solidarite-avec-les-migrants-video
(3) « Le sport sans le pouvoir : faire la révolution de la tête aux pieds »
https://www.facebook.com/yyoulountas/posts/1604770009833620







