Par ce que le fond du problème, c’est encore et toujours le pouvoir.
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FAIRE DE LA COMMUNE LE LABORATOIRE D’UNE DÉMOCRATIE VRAIMENT HORIZONTALE
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Voter ou s’abstenir n’est pas une décision facile, dans un monde où tout semble nous échapper sous le règne de l’argent et de ses serviteurs : domination, exploitation, racisme, bourrage de crânes, guerres tous azimuts. Ce sentiment pousse certains à baisser les bras, à renoncer, à dire : « Puisque c’est ainsi, ce sera sans moi, je ne m’en mêle pas. »
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Quand de surcroit, on a lu certains auteurs libertaires, on se dit évidemment que voter, c’est abdiquer, se soumettre, donner un chèque en blanc, cautionner une parodie de démocratie. Par exemple, après avoir vu l’arrogant Macron multiplier les 49-3 pour imposer sa volonté à la majorité de la population et même à celle du parlement, même après la victoire de la gauche aux élections législatives de juillet 2024. On a envie de répéter, une fois de plus : « Cette pantalonnade, très peu pour moi. »
Mais quand l’occasion nous est donnée, à l’échelle de la Commune, de donner un signal fort pour exprimer ce qu’on désire vraiment, il serait bien dommage de s’en priver.
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LE BON MOMENT
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Vous pensez, vous aussi, que cette société est trop autoritaire, inégalitaire, oppressante ? Vous avez conscience que le cœur du problème est la façon de nous organiser ensemble ? Vous souhaitez passer à une démocratie plus horizontale, plus ouverte à la diversité sociale, plus directe, dans laquelle chacun aura toute sa place ? Dans ce cas, c’est le bon moment pour l’exprimer.
D’abord parce que l’élection municipale est à une échelle où beaucoup de choses se sont produites historiquement et peuvent encore se produire. On pense évidemment à la Commune de Paris, mais aussi à beaucoup d’autres expériences formidables à travers le monde qui ont prouvé que nous sommes capables de nous organiser de façon beaucoup plus horizontale et que c’est plus facile, en premier lieu, à l’échelle d’une ville.
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Ensuite, parce que le code électoral de l’élection municipale permet de s’exprimer sans crainte de voir toute la gauche disparaître et l’extrême-droite en profiter pour remporter les communes. Agiter la stratégie du vote utile comme un épouvantail est malhonnête et absurde. Toutes les listes dépassant 10% des votants seront qualifiées pour le second tour. Il est donc impossible qu’aucune liste de gauche soit présente au second tour afin d’empêcher la ville de passer à droite ou à l’extrême-droite.
Une fois de plus, il faut cesser d’avoir peur.
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LA PEUR OU LA RAISON
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Dans cette société, tout est fait pour semer la peur. La peur de l’autre, la peur du voisin, la peur de l’étranger, la peur de tout ce qui est différent, nouveau et qui pourrait modifier nos habitudes.
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C’est avec la peur qu’on dresse certains animaux. C’est également ainsi qu’on conditionne beaucoup d’êtres humains qui réagissent trop souvent avec la peur, au lieu de raisonner avec sang-froid.
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Nous sommes encore dans la préhistoire politique de l’humanité. Il suffit de regarder les informations télévisées pour le vérifier. Alors que les moyens technologiques se sont multipliés dans presque tous les domaines, notre société semble être restée à l’âge de l’Australopithèque dans sa façon de fabriquer des chefs, des guides suprêmes, plus ou moins à l’écoute, plus ou moins tyranniques, au lieu de nous permettre, tous ensemble, de prendre notre destinée en mains.
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UNE SERVITUDE QUI N’EN FINIT PAS
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Vivre vraiment, ce n’est pas déléguer son existence au bon vouloir d’individus qui se permettent de tout décider à notre place.
Vivre vraiment, c’est réfléchir à tout ça, chacun et ensemble : s’exprimer, écouter, échanger, puis décider ensemble, sans que personne ne nous impose sa volonté. Concernant la démocratie, c’est exactement la même chose. Cette idée qui, à son origine dans ma Grèce paternelle, était réservée aux citoyens athéniens de sexe masculin, se doit aujourd’hui d’évoluer, de progresser, d’aller plus loin. Il y a 2500 ans, ce système politique excluait les femmes et les esclaves. Aujourd’hui encore, les élus ne sont pas révocables et imposent souvent leur volonté. Qui peut croire que la démocratie ne peut pas continuer à évoluer vers quelque chose de mieux ? Qui peut croire que notre horizon indépassable est une démocratie parlementaire soumise à un président tout puissant ? Qui peut croire que les choses vont rester ainsi inlassablement, alors que le peuple, ici comme ailleurs, est très en colère ?
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QUAND LES TEMPS SONT DIFFICILES
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Cependant, il serait dommage que cette colère soit aveugle et choisisse un remède pire que le mal : « Quand une démocratie est malade, le fascisme vient toujours à son chevet, mais ce n’est jamais pour prendre de ses nouvelles » écrivait Albert Camus.
À l’inverse, c’est précisément quand les temps sont difficiles qu’il est vital de bouger, d’agir, de chercher, de s’interroger. Le temps de la crise appelle celui de la remise en question. Le temps critique est aussi celui de la critique. Celui qui n’avance pas recule. Celui qui ferme les yeux dans l’incendie les rouvrira en enfer.
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C’est donc le bon moment pour agir, pour essayer autre chose, pour faire le pari de l’humain et du collectif.
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L’I.C. MIEUX QUE L’I.A.
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Les dirigeants politiques et économiques prétendent que nous entrons dans l’ère de l’intelligence artificielle, performante mais dénuée d’amour et d’empathie. Pourtant, il ne dépend que de nous de les faire mentir. Car il existe une alternative à l’IA, c’est l’IC : l’intelligence collective. Ce n’est pas tant l’informatique qui nous rendra vraiment plus intelligents que la pluralité des points de vue et des échanges pour résoudre collectivement les problèmes que nos guides solidaires du passé ont souvent créé tout seuls, par manque d’horizontalité, d’empathie, d’écoute mutuelle.
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IL N’Y A RIEN À ATTENDRE
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De même, nous ne prendrons pas nos vies en mains tout à coup, en nous levant un beau matin, avec un grand A cerclé lumineux dans le ciel. Tout cela nécessite du temps, de l’éducation, de l’expérience, de la réflexion, des erreurs et des rectifications, des tentatives et des améliorations. Nous ne sortirons pas en une journée ni en une année de la préhistoire politique dans laquelle veulent encore nous enfermer ceux qui prétendent nous gouverner. Mais nous n’en sortirons pas non plus si nous ne faisons rien, soit par peur, soit par dédain.
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La peur et le dédain ne nous mènerons qu’à l’immobilisme et à l’impuissance, alors que la dérive autoritaire nous menace partout dans le monde. Comme à chaque fois par le passé, cette dérive nous mène au fascisme, à la haine, à la fabrication absurde de boucs-émissaires pour mieux nous diviser, et à la guerre, comme si l’Histoire devait absolument se répéter pour que nous comprenions enfin ses leçons.
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ALORS, STOP OU ENCORE ?
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Si c’est stop, alors, ne laissons pas l’occasion passer. La catastrophe est là, juste là, nous sommes face à elle et, plus précisément, dos au mur. Et c’est justement quand l’être humain est dos au mur que, bien souvent, dans l’état de nécessité et contre toutes attentes, il est capable de déjouer tous les pronostics et de surprendre par ses ressources extraordinaires. Par exemple, durant la libération, lors de la mise en place du programme du Conseil National de la Résistance, alors que le pays était en ruines.
À chaque fois, cela commence par la volonté de prendre nos vies en mains, sous toutes les formes et à toutes les échelles.
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Le 15 mars 2026, dans ma ville natale de Martigues, je voterai pour la liste du Collectif Citoyen Martégal pour cette raison précise. Désolé pour certaines personnes que je connais bien sur l’autre liste de gauche et qui sont parfois de vieux amis, mais l’enjeu est là, aujourd’hui plus que jamais : passer à la démocratie horizontale, au moins à l’échelle communale, pour sortir de l’impasse et retrouver le chemin vers l’utopie.
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Yannis Youlountas
































